Advertisement


Image

L’impact du Président Trump sur le camionnage

Par : Par Guy Hébert

Les États-Unis viennent de se donner un nouveau président dans le cadre d'une élection historique et pour le moins particulière. Malgré le fait qu'il n'a pas remporté la course au suffrage populaire, ayant été devancé par sa rivale Hilary Clinton de plus de 2 000 000 de votes, Donald Trump se retrouve comme président élu grâce aux grands électeurs dans les états clés. Ce système plutôt archaïque est celui qui permet d'accéder à la présidence de la plus importante puissance économique et militaire au monde en 2016.

C'est devant une population apathique que Donald Trump a accédé au poste le plus puissant de la planète alors qu'un peu plus de 1 électeur sur 2 a profité de son droit de vote. Mais malgré tout cela, l'élection de Donald Trump n'aura pas seulement un impact sur la vie de nos voisins du sud, elle a déjà commencé à chambouler le monde entier. En effet, l'empire américain a peut-être perdu des plumes au cours des 50 dernières années, l'influence américaine se fait encore sentir partout sur le globe. Le leadership des États-Unis est encore celui vers lequel se tournent les pays du monde quand vient le temps de trouver des solutions à des dossiers régionaux et mondiaux.

L'ascension de Donald Trump à la tête des États-Unis aura certainement un impact sur le Canada avec ses promesses protectionnistes de vouloir revoir l'Accord de libre-échange de l'Amérique du Nord (ALENA). Les États-Unis sont notre plus important partenaire commercial et toute action visant à faire régresser la libéralisation des échanges entre les deux pays ne peut être que négative pour le Canada et le Québec. Pour le monde entier, la volonté exprimée du Donald Trump, un climato-sceptique ayant même déjà déclaré que le réchauffement de la planète était une invention chinoise pour rendre les entreprises américaines moins productives, de mettre fin aux programmes internationaux de lutte aux changements climatiques financés en partie par les États-Unis et sa promesse de renier la signature américaine des Accords de Paris, sont certainement une menace à prendre au sérieux.

Pour l'industrie du transport routier des marchandises en Amérique du Nord, cette volteface américaine dans la lutte aux changements climatiques se traduira par une refonte en profondeur de l'EPA (Environmental Protection Agency - Agence de protection de l'environnement), si ce n'est sa disparition totale. Le sérieux de cette réflexion passe présentement par le fait que le président élu a mis sur pied un comité voué à la refonte de l'EPA mené par Myron Ebell, un autre climato-sceptique directeur du Centre de l'énergie et de l'environnement (Center for Energy and Environment), du très conservateur Institut de compétitivité en entreprise (Competitive Enterprise Institute) financé par des géants de la libre entreprise comme ExxonMobil et autres.

Dans de multiples écrits et interventions, Myron Ebell a souvent affirmé que le réchauffement climatique actuel n'était qu'un phénomène très modeste dans lequel l'activité humaine n'a eu qu'une influence minimale, contredisant ainsi les analyses scientifiques de la NASA et de l'ONU. Selon le très prestigieux magazine National Geographic : « La victoire surprise de Donald Trump signale un changement drastique dans les politiques environnementales américaines. Qui plus est, le fait qu'une administration Trump répudierait les mesures de Barack Obama pour combattre les changements climatiques, créerait un chaos mondial à ce chapitre et marquerait probablement la fin des efforts concertés de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). »

Une refonte ou un rejet total des normes de l'EPA aura certainement des impacts sur l'industrie du camionnage. Depuis des années, des manufacturiers ont dépensé des centaines de millions de dollars en recherche pour développer de nouvelles technologies écoénergétiques et des équipements moins polluants. Des producteurs ont investi dans la recherche et la création de carburants alternatifs moins polluants ainsi que de réseaux de distribution de ces solutions remplaçant les carburants fossiles. Qu'arrivera-t-il aux résultats positifs de ces travaux?

Pendant ses huit années de présidence, Barack Obama a fait adopté plus de 2 200 législations de tous genres et pour certains c'est beaucoup trop dans une économie de libre marché. « Nous nous sommes enlisés dans une économie terrible et sur-réglementée depuis 8 ans », de dire l'ex chef de la direction de General Electric, Jack Welch, dans une entrevue sur les ondes de CNBC le 10 novembre dernier. En 2015 sur les ondes de Fox News, Donald Trump déclarait : « La protection environnementale sous Obama est une disgrâce, ils adoptent de nouvelles règles chaque semaine. » Lorsque l'animateur Chris Wallace lui de demandé « Qui protégerait l'environnement?», Donald Trump a répliqué « Nous allons être corrects avec l'environnement. Nous pouvons le protéger un peu mais il ne faut pas que ça nuise à nos entreprises. »

Plusieurs observateurs, même certains républicains, ne partagent pas nécessairement les visées de Trump. « Des convertisseurs catalytiques aux débourbeurs de cheminées, l'Amérique est un chef de file novateur du développement de technologies environnementales à l'échelle mondiale, alors qu'en 2008 le secteur comptait 1 500 000 emplois et exportait pour plus de 44 milliards de dollars », relatait Gina McCarthy, administratrice de l'EPA lors d'une conférence à Washington en 2014. « C'est plus que d'autres grands secteurs industriels comme les plastiques et le caoutchouc. »

L'été dernier, deux éminents républicains, William D. Ruckelshaus, administrateur de l'EPA sous les présidents Richard Nixon et Ronald Reagan ainsi que William K. Reilly, administrateur de l'agence sous George H.W. Bush, affirmaient : « Donald a démontré une profonde ignorance de la science et de la santé publique qui sont des composantes importantes de nos lois environnementales. Il n'a aucune idée de la contribution historique des républicains aux politiques environnementales basées sur la science. »

Certains, comme Colin Rush, un analyste chez Oppenheimer Equity Research, pensent qu'une répudiation de certaines législations qui ont pourtant permis de générer des investissements importants dans le développement de technologies vertes, pourrait être dévastateur pour plusieurs entreprises qui ont profité du Plan pour des centrales propres (Clean Power Plan). Ce dernier est la seule mesure concrète décrétée par Obama pour respecter l'Accord de Paris. Cette entente n'étant pas contraignante, Trump pourrait essayer de protéger son image à l'international en décidant de ne pas annuler l'adhésion américaine tout en abolissant le Clean Power Plan imposant des réductions d'émissions de GES aux états. Autrement dit, les États-Unis demeurerait signataire sans pour autant déployer le moindre effort pour atteindre les résultats escomptés et assumer le leadership auquel le monde s'attend.

Il est évident que pour l'instant le monde continue de tourner sur son axe, à part certaines excitations ou craintes, dépendant quel candidat vous favorisiez si vous avez porté attention à l'élection présidentielle américaine. Mais à partir du 20 janvier 2017, date à laquelle Donald Trump devient officiellement président des États-Unis, diverses décisions pourraient dévaler rapidement et chambarder l'industrie du transport routier de marchandises en Amérique du Nord telle que nous la connaissons actuellement.

N.D.L.R. : Myron Ebell était la personne pressentie par Trump selon les médias au moment d'écrire ce billet. Il se peut qu'une nouvelle personne soit mentionnée actuellement pour le poste.

 

<< Retour

Recherche